Le rappeur malade !
Le rappeur malade
,.. Pour éviter le sort de l'enfant sauvage perdu dans les fouillis mirobolants des mondes adultes, il parle-parle soir et matin pour koi à qui je ne sais c'est le roi des pipelettes ,..
,.. utilisant les mêmes mots que vous ou moi sans pour autant parler la même langue, il tchatche vite en monologue excité en auto-conversation comme mode d'auto-conservation,..
,.. il s'emballe tourne à vide devient vénère pour un rien en réfère à ses frères convoque ses potes pour tout casser piller, tuer, brûler hot hot,..
,.. hé il parle-parle en appel au meurtre permanent dans un langage en boucle comme condition de survie pour s'en sortir rendre possible un échange dans le destin d'une improvisation d'un mot doublé d'une assonance lui semblant un instant agréable,..
,.. et à petit pas par tâtonnement il tente de retrouver le plaisir d'une interaction simple, dans le lointain souvenir de Bébé avec Maman,..
,.. d'ailleurs voici qu'il babille hé qu'on l'écoute, voici qu'on l'applaudit qu'on gigote autour de lui qu'on l'imagine même interprète essayant de comprendre ses gargouillis de mots vides de sens mais bizarement encore vivants comme des vers coupés, massacrés mais continuant à se tortiller comme agités de spasmes de douleurs ,..
,.. parcourant maintenant tout son corps et il se contorsionne de sa tête toute agitée de raggaman perturbé voici que de la bave sort de sa bouche en salves de mots en vague de rap tel un rappeur ripant son humeur changeante,..
,.. le poing fermé, mimant avec sa main un micro imaginaire il se balance comme le font les fous tout en mâchant ce parler délirant dans un beat automate et répétitif,..
,.. dans son trouble de manie j'imagine qu'il se remanie un peu cherche à se poser à s'appaiser essaye en bougeant de se décaler tentant qui sait, de ne plus être dans le monde des perceptions immédiates,..
,.. toujours les mêmes, des contines arrachées par bribes, des lambeaux d'existence qu'il traduit en sons plus ou moins audibles comme il le peut pour les rendre plus acceptables avec ses moyens pour vivre lui aussi un peu de cette expérience de parole, de se dire dans son lyric à peine explicite des choses un peu plus vraies,..
,.. pour une fois enfin entrevoir un peu de ciel ouvert comme une émotion un sentiment une échappée pour sortir de cette scène isolée, désolée, ravagée, de son primaire dévasté de sa tête bétonnée,..
,.. oui parler, pour tenter de construire, reconstruire de la pensée et non simplement balancer un discours en logorrhée qui n'est là que pour cacher un effroyable anéantissement, une incapacité totale à penser,..
,.. mais tout cela est bien difficile et cette parole vide et vaine qui le taraude et l'engraine elle est là si proche et il l'aime,..
,.. trop bonne si facile alors il l'a donne comme elle vient jaillissant brute en destruction de masse hé il hurle et il en exulte ,..
,.. et de nouveau se tord, se désosse se trémousse fait tourner son moulin, bientôt tout autour de ses lèvres apparaît une énorme mousse de rage,..
,.. il vit ainsi sous le poids de son lourd quotidien ne sachant cracher sans fin que des mots de façade, un laïus de haine pour se protéger voire séduire, capter pour vous faire entrer de force dans son monde en vous assommant de fausses vérités,..
,.. tentant de chasser en vous tout le bon, cherchant à vous faire renoncer à tout ce qui n'est pas de son monde de folie espérant vous enchaîner pour vous faire porter ses chaînes et se libérer,..
,.. dés fois, je le croise dans le couloir j
,.. et si l'on persiste dans la discussion à mesure que l'on s'approche il édifie sa néo-réalité sur quelques socles, lieux communs qu'il perçoit suffisamment stables pour s'y percher et hurler sa folie,.. de jour comme de nuit,.. et il s'y accroche,..
,.. et c'est d'une effrayante banaité, son raisonnement est si peu avancé, il me semble voir un petit enfant dans un corps d'adulte mais s'il se sent découvert alors le voici qui hurle à nouveau,..
,.. c'est le rappeur malade faisant ses sérénades du haut de son balcon prévenant son monde à la ronde que c'est ici chez lui,..
,.. hé il rappe soir et matin rappant rappé rappeur et pâtes au beurre en sound système proclamant tam tam badaboum sa loi en son territoire,..
,.. lançant son tissu d'horreurs empoisonné de colère, entaché de grandes auréoles se voilant la face en d'artificielles frustrations imprégnées,..
,.. peu à peu je le voyais tel qui l'étais, pris dans ses sales draps, cela me faisait parfois de la peine de le voir ainsi se débattre comme un fantôme de lui-même parcourant les corridors dans l'impossibilité de ne pouvoir rien proposer d'autre, ni de renoncer à quoi que ce soit de ce vêtement de parole qui lui faissait comme une seconde peau, semblable à une camisole,...
,.. mais à force de jouer au méchant on le devient et à force de cracher partout des mots baveux et acides de zombie à vous rendre morts-vivants à se faire crier dessus dans le hall à la radio partout bé j'ai fini par ne plus avoir de pitié, pour ce qu'il en avait à faire de toute façon,..
,.. c'est ainsi que j'ai simplement penser à sauver ma peau qu'est né l'envie de changer d'air pour sauver mon âme,..
,.. et peut-être produire une parole vivante et sur ma planète gagner ma vie de façon honnête,..
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